Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité à m’inscrire. Le temps était incertain, à la limite entre une perturbation et le beau temps. Cela valait-il vraiment la peine de tenter le diable et d’aller risquer de se casser la figure (ou autre chose) sur les pavés glissants et mouillés de Roubaix en laissant les enfants seuls faire la grasse matinée à l’hôtel ?

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Et puis quatre jours avant le challenge, j'ai décidé de ne pas me dégonfler et d'aller tester ces pavés mythiques sur le mini parcours. 10 km de pavés pour 70 km au total, ça me paraissait jouable et même plutôt raisonnable. Un bon moyen de débuter sur les pavés dans le Paris Roubaix Challenge sans se mettre trop de pression, sans prendre trop de risque ni trop se fatiguer car j'avais aussi une longue liste d'autre choses à découvrir lors de ce week-end familial dans le Nord et notamment la Villa Cavrois et le musée de la Piscine !

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Le jour J, tout était prêt - vélo, grâce aux bons soins de mon mari, et fille bien couverte (car le temps s'était enfin stabilisé à "dégagé et froid, avec du vent de face sur les sections pavées") - dès 7:00. Le dossard est vite récupéré et épinglé au dos et au vélo. Cela permet d’avoir un aperçu sur le nouveau vélodrome et son bois rutilant. Les départs groupés sont organisés toutes les 10 minutes. Il y a peu de monde et pas un point d’eau pour remplir la gourde. Incroyable. Idem, pas un seul café avant le départ. Il est encore trop tôt. Tant pis, je sais que le seul ravito est à mi-parcours, avant d’attaquer les pavés. 38 km, ça devrait être faisable de tenir jusque-là... autant partir dès que possible alors. Du coup, dès 7:40, c’est parti, tout comme une quarantaine d’autres cyclistes, ce qui est peu puisqu'au final, plus de 6000 personnes se sont élancées sur ce Paris Roubaix Challenge en quelques heures sur l'un des trois parcours proposés : le court (70 km - 10 km de pavés), le long (140 km - 40 km de pavés) qui partent du vélodrome et y retournent dans une boucle plus ou moins longue et le complet (170 km) qui prend tous les secteurs pavés mais part du Sud, de Busigny où les cyclistes et leur vélo sont déposés en car.

Rapidement, le peloton se scinde en 3 groupes de vitesse. Il y a les fous furieux qui filent le plus vite possible, les rigolos en fat bike (oui oui) ou à la cool qui prennent leur temps et les intermédiaires dont je fais partie, qui maintiennent du 28-30 km/h et roulent en groupe sympathique en prévenant des dangers car les routes ne sont pas fermées et nous traversons des zones habitées. Les cerisiers sont juste en fleurs, c’est beau. Et ça met un peu de gaité et de légèreté dans les villages alors que nous nous éloignons de Roubaix. L'architecture y est bien du Nord, industrielle, avec des maisons de briques rouges alignées au bord de la route.

En 45 minutes, nous sommes sur le point de divergence des circuits boucles. Le 70 km, le mini, part à droite, le long, continue encore vers le Sud. Il ne faut pas le louper ce virage, surtout que le groupe des "partis tôt" est majoritairement sur le long parcours. Devant moi, un gars hésite... et se prend le trottoir !

Tirée par mon mari, qui a eu la gentillesse de me servir de pare-vent durant cette virée, je file désormais au milieu des champs, sur de petites routes, toujours à 28-30 (au-delà, je demande grâce en quelques minutes). Les odeurs d'épandage et de campagne sont prégnantes. Tout est bien vert, sauf le colza jaune. Ca ne me dépayse pas des sorties du dimanche en Seine et Marne !

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Enfin, après avoir serpenté sur cette transversale Est Ouest et doublé quelques rares cyclistes, dont certains sur du matériel de compétition (un Pinarello Dogma K10 avec suspension arrière, ça vous parle ?), le ravitaillement est en vue ! La pause s'impose. Je peux remplir ma gourde mais il n'y a toujours pas de café, dommage. Heureusement, les gaufres de Liège, ça remplace allègrement le petit déjeuner ! Et les bénévoles de l'association des Amis du Moulin de Vertain discutent avec les cyclistes en diverses langues en cherchant à se réchauffer. Demain, lors du vrai Paris-Roubaix, ils remettront cela et tiendront un stand pour gagner quelques fonds pour leur association qui entretient le vieux moulin. Il ne faut pourtant pas s'attarder trop longtemps, les secteurs pavés, et le premier, celui du fameux moulin attendent.

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Pour un baptême des pavés, ce secteur du Moulin de Vertain est idéal. Il est court (500 m seulement), poussiéreux et sacrément défoncé. Les pavés semblent être posés avec malice, aucun n'est aligné et certains ressortent de plusieurs centimètres. Ma première réflexion est que ça secoue vraiment, mais vraiment beaucoup. Il n'y a pas d'inattention possible, il faut veiller à la trajectoire, éviter les plus grosses marches, et surtout rester souple, sans crisper. On entre en résonnance avec le chemin qui semble vouloir vous envoyer balader au plus vite. Il ne faut pas lâcher prise et garder la sortie en ligne de mire tout en pédalant avec du braquet. Elle arrive assez vite, l'arche de sortie, et heureusement ! J'ai vraiment trouvé que ce secteur était le plus terrible du lot, peut-être parce que c'était le premier, mais peut-être aussi car il m'a semblé que c'était vraiment le plus irrégulier. Dès le bitume retrouvé avec soulagement, je me suis immédiatement dit que 10 km comme cela, ça allait largement me suffire ! C'était peut-être même déjà trop.

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Un bout de route d'un kilomètre pour reprendre des forces et on attaque le second secteur. Sur le petit parcours, seuls les 8 derniers secteurs sont au programme. Ces chemins pavés au milieu des champs datent du XIXème siècle, époque à laquelle les chemins de terre de cette région active et dense en villages sont enfin pavés pour permettre aux chariots puis aux premières automobiles de parcourir la zone en toute saison sans s'embourber. Leur état est variable et ils sont plus ou moins longs, c'est ce qui est pris en compte dans la difficulté des étoiles.

  • 8 - Templeuve Moulin de Vertain  0.5 km **
  • 7 - Cysoing à Bourghelles 1.3 km ***
  • 6 - Bourghelles à Wannehain 1.1 km ***
  • 5 - Camphin en Pévèle 1.8 km ****
  • 4 - Carrefour de l'Arbre 2.1 km *****
  • 3 - Gruson 1.1 km **
  • 2 - Willems à Hem 1.4 km *** 

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Au deuxième secteur, c'est plus facile. Il faut dire que comme nous sommes à l'avant course, puisque partis avec ceux qui font le long parcours pour le petit uniquement, et que nous sommes quasiment seuls, il n'y a pas à slalomer ou se faufiler, on peut choisir sa trajectoire, optimiser les secousses, rouler sur le bord du chemin quand on le peut, avant de revenir sur le haut du pavé quand les bordures sont trop piégées. Il faut juste éviter les piétons qui se promènent et les camping-caristes en goguette. Je craignais les bousculades, les cyclistes pressés et en fait, il n'y a vraiment aucun souci. Il s'agit juste d'avancer à son rythme. Prudemment mais sûrement. La moyenne en prend un coup, évidemment, surtout qu'il y a aussi des pauses photos, histoire d'immortaliser ces moments ! Mais petit à petit, on grignote les kilomètres et le but approche. Le secteur du Carrefour de l'Arbre est chronométré, on appuie un peu plus histoire de rigoler. Au classement, cela donnera un temps complétement intermédiaire, dans l'exact milieu du groupe des 70 km, comme quoi, certains sont encore plus dilettantes que moi et ont dû faire une sieste au milieu du secteur (ou changer leur chambre à air) ! Après le secteur de Bourghelles, nous reprenons un bout de la route initiale et nous croisons de nombreux cyclistes qui ne font que commencer leur parcours. Ils termineront dans l'après-midi.

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Sur le dernier secteur, je reste au milieu des pavés : c'est la fin, il faut en profiter un peu quand même ! Il reste 10 km, comme l'annonce le panneau, on est sur la route, on a retrouvé les paysages urbanisés. Il faudra même passer sous l'autoroute par une allée piétonnière en épingles, ça casse le rythme. Heureusement que je ne suis pas là pour faire un temps, contrairement au cycliste qui arbore les couleurs de l'Algérie et qui cherche à me doubler sur le faux plat montant à l'entrée de Roubaix. Il ne prend pas le temps d'apprécier les cerisiers en fleurs qui bordent la route et grille les feux. Il est parti dans le même groupe, je l'avais déjà repéré et nous arriverons avec quelques secondes de différence seulement. Comme quoi, rien ne sert de courir...

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Sur la grande avenue du vélodrome, il y a beaucoup de voitures et de feux. Il faut rester prudent encore un peu avant de rentrer enfin dans l'enceinte protégée du vélodrome et sur la piste. Piste qui est très relevée et qui si on ne l'aborde pas à 40 km/h semble très très casse-figure. Je songe à la zone d'appui faible de mes pneus vu l'angle que j'ai à vitesse moyenne et prie pour ne pas tomber, sur les derniers 100 m, ce serait bien ridicule ! J'appuie, histoire d'avancer et alors que mon mari me double en jubilant sur les derniers mètres, je franchis la ligne d'arrivée !

Yes, je peux récupérer ma médaille de finisher, je l'ai bien méritée, même si ce n'était que le mini Roubaix ! Cela n'a pas été l'Enfer du tout, au contraire, cela a même été une découverte plaisante mais chut, il ne faut pas le dire trop fort !

Alors que mon ami l'Algérien se fait interviewer à l'arrivée, je pars explorer les douches mythiques. Elles sont dans leur jus, tout comme le bâtiment qui les contient. Mais cela fera de jolis souvenirs !

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72 km, 3 heures au total, pauses comprises. Un peu plus de 24 km/h de moyenne avec un trajet urbain non fermé aux voitures, des zones plus roulantes et des secteurs pavés avec du vent de face qui font tomber la moyenne en dessous de 20, cela est certes de la balade, mais une balade agréable, qui permet de se rendre compte de la difficulté de rouler à vive allure sur des chemins pavés qui ont envie de vous éjecter. J'ai apprécié qu'il y ait peu de monde sur le parcours, et je recommande de se lever tôt pour en profiter sans être dans le gros de la masse même si on a moins les encouragements des badauds. Il faisait beau et froid, un temps qui me semble parfait pour ce circuit. Pas de chute, pas de crevaison, pas d'ampoule. Je suis restée prudente et j'ai passé un bon moment. Bien sûr,  je remercie chaleureusement mon mari de m'avoir tenu compagnie et prise en photos !

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A la question, est ce que l'année prochaine, je me réinscrirai sur un parcours plus ambitieux maintenant que je sais ce que c'est ? Je ne sais que répondre. Cela n'est pas certain. C'est quelque chose à faire, oui, au moins une fois, pour "se rendre compte", pour tester, mais de là à resigner tout de suite pour une séance plus longue de panier à salade, je ne suis pas sûre d'être suffisamment masochiste pour cela...

On verra !

Pour la petite histoire, les créateurs de la course, deux filateurs roubaisiens, Vienne et Perez qui avaient financé la construction du vélodrome et voulaient en faire la publicité avec une course qui arriverait dans cet édifice flambant neuf l’ont proposée en tant qu’entraînement au Bordeaux-Paris et comme étant un « jeu d’enfants ». Mais Victor Breyer, qui a fait le premier repérage de la course à vélo a conclu que ce projet était « diabolique » et dangereux pour les coureurs. Comme quoi, chacun a son interprétation personnelle de ces quelques kilomètres à parcourir à vélo mais il ne faut faire confiance à personne et juger par soi-même !